Il n'est pas innocent que le sport - le sport de compétition - ait pris autant de place dans nos sociétés et soit encouragé par tous les pouvoirs. Il répond à deux fonctions principales, qui peuvent apparaître au premier abord comme paradoxales mais qui sont absolument complémentaires. La première est celle de divertir - de détourner l'attention du citoyen vers des passions futiles. La seconde est celle de légitimer notre monde et ses valeurs. Il s'agit à travers le sport de légitimer et promouvoir l'esprit de compétition, d'en faire quelque chose de naturel et de positif. Il s'agit de célébrer la force, de célébrer la performance et le toujours-plus, de célébrer et légitimer l'écrasement de l'autre, de légitimer le fait que dans la vie il faille des vainqueurs et des vaincus. Il s'agit de célébrer et légitimer la discipline, la subordination aveugle au collectif et à l'autorité, l'esprit de clan et le chauvinisme le plus vil. Il s'agit de célébrer l'argent et légitimer sa dictature, de présenter l'argent comme facteur de bonheur. Il s'agit de légitimer que certains, de part leur talent et leur combattivité, puissent gagner énormément d'argent. Il s'agit de légitimer un monde où il y a des riches et des pauvres, où d'immenses sommes d'argent puissent être confisquées et gaspillées par les premiers, et de ce fait manquer cruellement aux seconds. Il s'agit de légitimer un monde où les uns commandent et les autres se complaisent dans la passivité et l'obéissance. Les valeurs véhiculées par les sports de compétition n'ont pas grand-chose à voir avec les prétendus « valeurs du sport » (solidarité, respect de l'adversaire, etc.) que l'on nous vante en permanence pour mieux nous contaminer. 
Les stades de football incarnent et symbolisent parfaitement l'abjection de ce monde où des moyens pharamineux sont gaspillés pour des passions superficielles quand tant n'ont même pas accès au nécessaire, où la masse des gens sont réduits et se complaisent dans l'état de spectateurs, où la masse des pauvres s'enthousiasment pour des millionnaires à qui elle confie le soin de lui apporter la joie.
Que reste-t-il de jeu, de plaisir du jeu dans toutes ces compétitions sportives où l'on ne joue plus pour jouer mais pour gagner, où les enjeux économiques et politiques sont telles qu'elles entrainent presque fatalement la tricherie et le dopage et que la moindre défaite est vue comme une anomalie inacceptable et un drame épouvantable ?
Que reste-t-il encore d'esprit critique et de volonté d'abattre ce monde chez le supporter ? Cela ne dérange pas beaucoup le supporter du Paris Saint-Germain que son club chéri soit détenu par un milliardaire qui plus est dignitaire d'un régime obscurantiste - le Qatar. Cela ne dérange pas beaucoup l'amoureux du ballon rond les milliards dépensés par le gouvernement brésilien pour la Coupe du monde de 2014 cependant que des millions de Brésiliens n'ont même pas accès à l'essentiel - ni encore moins les nombreuses expulsions forcées générées par la construction des stades. Cela ne dérange pas beaucoup l'amoureux du ballon que pour construire des stades pour une autre coupe du monde, au Qatar, des hommes y soient réduits à des conditions de travail abominable et meurent par centaine ! (Cela n'a rien à voir, évidemment, me répondra-t-il ! Il ne faut pas tout confondre, espèce de pisse-froid ! )
L'enthousiasme pour le sport de compétition nous fait littéralement perdre la raison. Difficile d'imaginer quelque chose qui contribue plus à nous embrigader, à nous faire adhérer à la saloperie de ce monde que le sport de compétition. Difficile d'imaginer quelque chose qui légitime davantage les régimes les plus effroyables que notre amour fanatique du sport de compétition.
Le sport ne promeut pas seulement des marques, des entreprises, il promeut les valeurs et les conduites sur lesquelles repose la guerre économique. Le sport n'est pas qu'une industrie parmi d'autres chargée de faire du fric, elle est aussi et surtout cette grande machinerie chargée de nous faire aimer le fric et de nous inciter à en faire. Le sport est l'industrie-mère de la guerre économique.
Pour en finir avec ce monde-là, il faudra d'abord en finir avec le sport de compétition qui est son terrain de propagande le plus puissant et le plus irrésistible. Pour en finir avec ce monde-là, il faudra libérer l'humanité de ce spectacle, de cette machinerie qui les endort et les endoctrine, cette machinerie qui lui fait aimer les causes de son malheur.