La première raison pour laquelle un Etat fait la guerre à un autre Etat ? Enrichir et accroître la puissance des canailles qui le régentent et gravitent autour (banques, industries), bien sûr, c'est presque une évidence que de dire ça, bien que beaucoup croient encore aux sornettes de la guerre pour la démocratie et les droits de l'homme. La guerre est très porteuse économiquement, de par les armements qu'elle nécessite mais aussi de par les innombrables et alléchantes reconstructions d'après-guerre qu'elle présage. La guerre est une activité si lucrative qu'une économie «en crise» peut trouver en elle une porte de sortie. Et c'est bien par deux guerres mondiales que le capitalisme s'est sortie de deux crises économiques au XXème siècle. Comme le dit Jaurès : «le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage.» La guerre économique et la guerre tout court ne sont jamais que l'avers et le revers d'une même médaille.
Mais il existe une autre grande raison pour laquelle un gouvernement peut se résoudre à déclarer une guerre - ou du moins à ne rien faire pour l'éviter : la nécessité de neutraliser et détourner les colères de son peuple vers un ennemi commode. L'on peut s'engouffrer dans une guerre dans l'unique but de ramener un peuple aux portes de l'insurrection à la discipline, dans l'unique but d'éloigner le péril d'un renversement de l'ordre établi. Rien de tel qu'une guerre pour faire peur et donc pour divertir, tétaniser et finalement soumettre la population.
Cette fonction policière de la guerre est rarement évoquée et dénoncée. C'est pourtant elle qui prédomine dans la décision d'entrer en guerre en 1914, en France et en Russie, et dans un degré moindre en Allemagne. Cette époque n'est pas en Europe celle de tensions nationalistes, comme on aime à nous le rabâcher, mais celle de tensions sociales qui ne cessent de s'exacerber d'années en années.
Pour tout dire, c'est la révolution sociale qui guette en Russie et en France et les gardiens de l'ordre veulent l'éviter à tout prix. C'est alors qu'on sort l'arme ultime du chauvinisme et de la guerre. C'est alors qu'on excite les tensions nationalistes pour que s'apaisent les tensions sociales. C'est alors qu'on pousse les pauvres, les opprimés à s'entretuer entre eux pour éviter qu'ils ne s'en prennent à leurs vrais ennemis. Par la guerre, le capitalisme se sauve à la fois de ses contradictions et de ses contradicteurs. La guerre ou l'assurance-vie du capitalisme.
En définitive, on ne fait jamais la guerre qu'aux peuples. Toutes les guerres de nations à nations dont on nous parle ne sont que des guerres perpétrées par les gouvernements et leurs maîtres contre leurs peuples - avec cette terrible particularité que ce sont les peuples eux-mêmes que l'on charge de cette besogne, en les faisant s'entretuer entre eux. Je parle de 1914 mais je pourrais parler, pour le seul cas de la France, de 1792 et de la guerre déclarée aux puissances européennes et qui visait en grande partie à se débarrasser des très encombrants sans-culottes ; ou encore de 1870 et de la guerre déclarée à la Prusse « le cœur léger » dans l'unique but de conforter le Second Empire contre la dangereuse montée en puissance des oppositions contre lui, notamment républicaines et socialistes.
Bien entendu, ce n'est jamais cela que l'histoire officielle nous raconte. Il est plus commode de raconter des belles histoires inoffensives. Il est plus commode de nous raconter, pour le cas de la guerre de 14, que toute la responsabilité de la guerre en incombe à l'Allemagne et à son Kaiser. Alors que le pays qui en 1914 avait le moins d'intérêt à la guerre, c'était bien l'Allemagne, qui voulait certes dominer l'Europe et détrôner l'hégémonie anglaise mais qui savait que le temps et la paix jouait pour elle... tout au contraire de la France et surtout de la Russie tsariste dont les provocations et les menaces à l'égard de l'Allemagne ont fini par convaincre cette dernière de s'engager dans le conflit.